du 24 juin au 30 septembre 2011
Les Hortillonnages, Amiens, Somme
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Ce projet est réalisé en équipe avec Cédric Chardon, paysagiste dplg avec qui je forme le collectif cédez le paysage.
Cette part de gâteau posée dans la mare de l'île aux fagots nous offre une vision rare : on lit le travail déployé par la main de l'homme pour fabriquer le paysage très riche des alentours, les hortillons qui ont lentement constitué leur part de sol fertile. Les couches de terre, ramenées hors de l'eau et accumulées unes à unes, ce sol noir et moelleux, les amendements calcaires, ne font-ils pas penser à de la pâtisserie jardinée ?
Le louchet, qui est l'outil traditionnel, devient notre pelle à gâteau et ce jardin-sculpture met en avant l'importance des bords dans les hortillonnages. Nous avons coupé dans la géologie locale un bloc aux arrêtes bien nettes qui raconte l'histoire des sols à l'échelle du territoire, partagé entre les couches couleur crème de la terre crayeuse et le "beurre noir" des hortillons.
L'assiette délimite l'espace privé du jardin en créant une distance. Elle est constituée de roseaux du marais façonnés à la manière des chaumières et d'arabesques de saules tressés qui dessinent un motif sur le rebord.
Sur le fond, une scène du traditionnel marché sur l'eau est peinte comme un décor qui fixe le contexte. Il va se craqueler et laisser germer les graines incorporées dans la terre montrant la générosité de ce sol patrimonial.
L'érosion lente du gâteau calcaire va modifier le milieu de la mare en créant un jardin à la botanique singulière.
Ce jardin-sculpture est à la fois un dispositif jardiné évolutif et une mise en scène poétique donnant une “vision habitée” du paysage du marais. Par ”vision habitée” nous entendons la représentation du lieu mêlant nature et culture. Notre projet s'inscrit dans la lignée de notre démarche de travail sur le processus mental de fabrication d'un paysage. Le dynamisme d'un territoire à produire sa propre représentativité nous intéresse. Le paysage des hortillonnages, riche de son histoire, attise notre enthousiasme à travailler sur l'appropriation d'un sol par la main de l'homme, définition possible du mot paysage. Au premier abord, les couches superposées font référence à la grande cuisine géologique et aux savoir-faire secrets des hortillons. Nous « désignons » ainsi tout un paysage portant une image bien identifiée et attaché à sa réputation qui rayonne.
La présence de ce gâteau gourmand posé là, place le spectateur dans une situation tiraillée.
A une époque où la surface agricole est frénétiquement consommée par lʼhabitat individuel, il interroge notre irrésistible envie de prendre notre part du gâteau.
Dans notre projet, nous souhaitons montrer que pour profiter de ce paysage collectif particulier des hortillonnages, il faut reconquérir le marais chaque jour à coups de louchet.
Nous mettons l'accent sur l'implication de l'homme dans sa fabrication à travers le décor peint sur la fond de l'assiette. Cette trace anthropique étant bien éphémère en rapport avec la géologie globale.
Le jardin prend place dans une ancienne mare presque comblée par le processus naturel d'enfrichement.
Notre projet donne l'occasion de restaurer cet endroit de l'île aux fagots, répondant aux logiques de la ville toute proche qui avance et aménage son cadre de vie. Le gâteau et l'assiette, faits d'un jeu artisanal de bords et de déblais-remblais, créent un parallèle avec le travail des hortillons qui creusent la terre et restaurent les berges à la main.
Le calcaire qui se diffusera dans le creux de l'assiette transformera la mare en petit jardin didactique sur la végétation particulière de tout ce territoire.
Pour accompagner cette installation, du mobilier "pâtissier" viendra agrémenter l'espace de la guinguette de l'île aux fagots et sera mis à la disposition du public qui souhaite s'installer, illustrant cette recherche d'un carré de sol pour chacun.