Véronique Roger

Paysage et installations

résidence d'artiste

à Dompierre-sur-Besbre avec le soutien de la DRAC Auvergne
2010

  • Photo grand format d'une vache tricotée
  • Photo grand format d'une vache tricotée
  • Photo grand format d'une vache tricotée
  • Photo grand format d'un rounballeur en ronce
  • Photo grand format d'un lit en ronce forgée
  • Photo grand format d'un lit en ronce forgée
  • Photo grand format d'un couvre lit tricoté bleu
  • Photo grand format d'un couvre lit tricoté bleu
  • Photo grand format d'un couvre lit tricoté bleu
  • lireentretien avec Emilie Hervier coordinatrice de la résidence

    Peux-tu nous expliquer en quoi le milieu rural inspire, nourrit ton travail ?
    La campagne a marqué mon enfance, passée dans un petit village de Lorraine où tout le monde se connaissait. Je construisais des choses avec des bâtons, de la glaise, des herbes, etc ... Je ne puise pas dans ce terreau par nostalgie mais parce que je le connais. Je montre d'ailleurs la campagne d'aujourd'hui, qui fait partie intégrante de notre société. J'y trouve tout un arsenal de matériaux et d'histoires qui ont fabriqué notre présent ; je m'appuie dessus pour positionner mon propos.

    Tu travailles les matériaux naturels que tu trouves sur le lieu où tu t'installes. Pourquoi à Dompierre, tu as choisi la ronce présente dans plusieurs de tes pièces ?
    Au fur et à mesure de mes pérégrinations dans le paysage du Val de Besbre, je voyais les arceaux de ronce qui fendaient le ciel en sortant des haies, comme les courbes et le courant de la Besbre qui griffent les berges et creusent les prés. Dans « roundballeur » la ronce fabrique une machine infernale qui raconte l'érosion. Le ciel et le pied du « lit de ronces » dessinent une cartographie imaginaire des méandres du lit de la Besbre.

    La ficelle de lieuse a envahi ton atelier en février. Peux-tu nous en dire plus ?
    Sa couleur bleue est identique à notre manière de représenter l'eau sur les cartes. Dans le paysage de la Besbre, les bouts de ficelle gribouillent la campagne, un peu partout. Mais dans ce matériau, je vois aussi les prés pâturés par les vaches, le foin récolté, stocké pour l'hiver, les hangars agricoles, le paysage ouvert de la vallée, la permanence de cette terre d'élevage. J'ai souhaité fabriquer un propos poétique à partir de cette ficelle ingrate et imputrescible, que personne n'aime. C'est le travail de la main, laborieux, qui lui donne sa valeur aujourd'hui. Je l'ai récupérée en quantité pour façonner le « couvre-lit » et une peau de vache, épaisse, qui constituera l'enveloppe d'un « cheval de Troie ».

    Tu as justement sollicité les habitants pour t'aider à tricoter le « couvre-lit de la Besbre » . Quel regard portes-tu sur ce travail collectif ?
    Le « couvre-lit » tricoté et crocheté introduit les pratiques populaires dans l'installation. Chacun y a apporté sa touche personnelle, les gestes répétitifs façonnant peu-à-peu l'ouvrage. Il montre la multitude des actions de l'homme dans le paysage. En regardant de plus près, les mailles dessinent des méandres qui vont, viennent et se superposent.
    La participation du public est une manière de marquer l'esprit des Dompierrois qui continueront de conter longtemps, je l'espère, l'histoire des carrés bleus. Pour moi ces fils représentent le lien créé entre tous ceux qui ont participé à ce projet.


    Pour composer une « variations autour d'un lit », tu as aussi sollicité le public.
    En côtoyant leur paysage, j'ai frôlé le quotidien des Dompierrois. Par la collecte de photographies privées du lit des habitants du Val de Besbre, j'ai voulu représenter une mise en abîme accélérée du paysage du lit de la Besbre. Ces drapés intimes dessinent autant de paysages de rivière changeants. Dans ce lieu-objet quotidien, le paysage évolue à notre échelle de temps. Il suffit de fermer les yeux quelques instants pour le constater.

    Peux-tu nous parler de ton « tableau mobile du dortoir » ?
    Il s'agit d'un jeu de construction du paysage communautaire du Val de Besbre. Il comporte 18 lits en kit, à monter soi-même. Si les éléments sont laissés désordonnés sur le tableau, vous verrez les matériaux charriés par la rivière et accumulés derrière un arbre tombé en travers.

    Pourquoi as-tu intitulé ton exposition « l'amour vache » ?
    J'ai souhaité jouer avec les premières impressions que l'on peut ressentir pour la forme et la matière en entrant dans l'espace de l'installation. La vache est sympathique et la matière polypropylène détestable.

    Tu introduis la mythologie dans ton exposition. Comment ta vache devient-elle un « cheval de Troie » ?
    Les deux faces montrent notre rapport aux éléments de paysage à contempler, une vision pétrie de contradictions. D'un côté une vache charolaise, de l'autre des entrailles de plastique. Je l'ai placée sur un fond de paysage dessiné à l'encre sur le mur. Le public est invité à effacer les 18 tours de ficelle entourant les bottes de foin rondes.

    La vidéo met en scène ce qui a caractérisé mon travail de résidence : le travail répétitif de tissage d'une « tapisserie de Pénélope », ouvrage sans fin entrepris par la femme d'Ulysse, attendant son retour de la guerre de Troie.


    Quel souvenir garderas-tu de ce séjour en résidence ?
    J'espère que je serai amenée à traverser la France plus souvent en passant par l'Allier, qui est au centre de l'hexagone. J'aurai une pensée pour les gens que j'ai rencontré ici. L'expérience plastique que j'ai poussé sur ce territoire va marquer un tournant dans mon travail.

    Propos recueillis par Emilier Hervier, coordinatrice de la résidence